Sortez vos bulles ! Le 1er février 2021, le Théâtre du Nouvel-Ontario célèbre les 50 ans, jour pour jour, de ce qui est considéré sa pièce fondatrice, Moé, j’viens du Nord ‘stie !

Depuis la grande première de la pièce, d’innombrables artistes, administrateurs, citoyens, bénévoles et spectateurs ont contribué à l’épanouissement du TNO, qui fêtera très bientôt ses 50 ans à lui. Pour souligner leur fougue, leur engagement et leur créativité, nous avons dépoussiéré quelques trésors de nos archives et sollicité la mémoire de gens qui ont marqué notre théâtre.

Nous vous invitons à remonter le temps au fil des prochains mois, en découvrant progressivement une cinquantaine de photos et de témoignages qui revisitent l’histoire du TNO de 1971 à aujourd’hui !

Années 1970

Robert Paquette, Yvons Besner, Donald Laframboise, Thérèse Boutin, Conrad Morin, Carole Morisset, Clarissa Lassaline, Denis Courville, Denis St-Jules, Gaston Tremblay, Jean-Paul Gagnon, Pierre Germain, André Paiment et Pierre Bélanger (Crédit : Doug Kinsey)

1971 : « Moé, j'viens du Nord 'stie »

« À je jour, je ne sais pas comment j’ai abouti dans ce Cercle.

Ce fut un Cercle de l’amitié, certes, mais surtout, ce fut un Cercle de Coming of Age.

J’avais 18 ans, j’arrivais en ville, littéralement. J’étais seule, en résidence sur le campus, j’étais sans repère, je ne connaissais personne. Je n’étais pas inscrite en théâtre, je ne connaissais pas Pierre Bélanger, prof et metteur en scène de La Troupe parce que je ne prenais pas de cours en sociologie avec lui. Mais je connaissais André Paiement, il était dans mon cours de Russe ! Cet homme était un électro-aimant. Il m’a attirée, convaincue, embarquée dans ce projet je ne me souviens plus trop comment, mais toujours est-il qu’un soir, je me suis retrouvée dans une réunion avec un paquet d’étudiants pareils et pas pareils comme moi qui ont dit oui à l’aventure d’écrire collectivement une pièce de théâtre. Je n’avais jamais écrit pour le théâtre, évidemment, je n’avais jamais joué au théâtre mais qu’à cela ne tienne, j’ai pris le bateau.

50 ans plus tard, c’est l’amitié de tous ces collègues qui m’habite encore. »

— Thérèse Boutin, membre de l’équipe de création

Daniel Jacques, André Paiement et Michael Gallagher (Crédit : Raymond Leriche)

1972-1973 : « À mes fils bien aimés »

« Doux Jésus que la vie passe vite! À l’aube du TNO, la pièce À mes fils bien-aimés, a connue un succès dramatique malgré sa thématique un peu sombre et plutôt macabre. J’ai tenté de mettre en scène cette pièce d’André Paiement qui, d’une certaine façon, a été précurseur de son destin final. Cette pièce a suscité beaucoup d’émotions chez moi à cause de plusieurs conversations avec André durant notre tournée estivale du Théâtre Populaire du Québec. Il affirmait que lorsque qu’il aurait atteint ses 30 ans, son parcours d’artiste serait complet… « Son âme était un champ de bataille, son corps un charnier ou le « bon » a triomphé du « méchant » en lui faisant subir l’ultime mal. » (Le Grand Livre, Gaston Tremblay p. 412) Ce sont donc des souvenirs aigres-doux qui me hantent en écrivant ces quelques lignes 50 ans plus tard. »

— Jean Paul Gagnon, membre de l’équipe de création

Suzie Beauchemin, André Paiement et Marcel Aymar (Crédit : Cédéric Michaud - Cette photo me rappelle comment étaient petites et rares les loges quand on était en tournée!)

1973-1974 : « La vie et les temps de Médéric Boileau »

« Sur la photo, Suzie Beauchemin et André Paiement se maquillent devant le miroir, alors que Marcel Aymar est en attente, à droite. Nous étions en tournée pour la pièce La vie et les temps de Médéric Boileau, en 1973.

Cette période était riche en rencontres et en création. Je me rappelle quand André sortait de sa chambre sur le boulevard Lasalle, à Sudbury, où André, Marcel et moi-même vivions, et qu’il nous faisait rire avec des bouts de texte qu’il venait d’écrire. C’était un grand dramaturge et l’auteur de plusieurs chansons.

Disparue trop tôt, Suzie avec un grand cœur et se donnait tellement comme comédienne qu’une chanson de CANO écrite par Rachel Paiement, qui jouait aussi dans cette pièce, lui est dédiée.

Quand je regarde Marcel, ça me rappelle les frissons que j’avais quand je l’entendais pratiquer sa guitare classique. Il n’est pas seulement un bon comédien, mais aussi un grand concepteur et musicien.

André Paiement a eu une grande influence sur ma façon de créer et c’est pourquoi j’ai toujours continué de travailler sur des productions franco-ontariennes, que ce soit en musique ou en théâtre. »

— Mark Delorme, décors et éclairages

André Paiement (Crédit : Michael Gallagher)

1974-1975 : « Lavalléville » (Première version)

« La source d’inspiration pour Lavalléville est née lors d’une visite à un petit village dans le nord-ouest de l’Ontario pendant la tournée de la pièce À mes fils bien-aimés en 1972. André, Marcel Aymar, Daniel Jacques et moi étions en tournée pour cette pièce, quand nous sommes arrivés à Dubreuilville, à quelques centaines de kilomètres à l’ouest du Sault-Ste-Marie.

Dubreuilville, un village « fermé » appartenu par les frères Dubreuil, était franchi par un chemin privé d’environ 40 kilomètres à partir de la route transcanadienne 17. Les véhicules devaient s’enregistrer à la porte située au niveau de l’embranchement de la 17 et de la route qui s’acheminait vers la ville. Si vous n’aviez pas de raison valable pour visiter Dubreuilville, l’accès vous était refusé.

Le village était centré sur une scierie où les travaillants dépensaient leurs gages au marché Dubreuil, à la quincaillerie Dubreuil et au Centre des loisirs Dubreuil, tous sous la tutelle des frères Dubreuil.

André était tellement bouleversé par le phénomène d’un village « fermé », c’est-à-dire privé, contrôlé par des propriétaires où les travailleurs n’avaient presqu’aucun contrôle sur leurs destins, qu’il a décidé d’écrire une pièce musicale basée sur ce concept.

Par ce temps David Burt, futur membre du groupe CANO, s’était déjà déplacé à Sudbury, en partie par l’allure du talent d’André, mais aussi par l’allure de sa sœur Rachel, qui était sa bien-aimée à ce moment. Après avoir travaillé avec André et Marcel Aymar sur la musique pour La Vie et les temps de Médéric Boileau en 1973, David a collaboré avec eux et Rachel à la création des compositions musicales de Lavalléville en plus que pour Le Malade imaginaire en 1975.

Partie du génie d’André est qu’il s’entourait de gens créatifs qui pouvaient faciliter la réalisation de ses grandes idées. Une de celles-ci était la formation d’un groupe musicale. Grâce au succès de la collaboration entre André, David, Marcel et Rachel, ceci a signalé, pour toute fin pratique, le début du groupe musical CANO.

Je suis certain que si André était vivant aujourd’hui il aurait épanoui Lavalléville en une grande pièce musicale à l’envergure des grands spectacles de Broadway. Celui-ci aurait incorporé non seulement les chansons originales de la pièce musicale mais plusieurs autres que CANO a composés depuis. »

— Michael Gallagher, membre de l’équipe de création

Suzie Beauchemin, à l'Hôtel Président (Crédit : Cédric Michaud)

1975 : Suzie Beauchemin

« 1975. Sudbury. Fin octobre.
Je viens tout juste de célébrer mes 23 ans et la vie est belle.
J’habite seul dans un petit appartement dans le Donavan sur Frood.
Ça commence à sentir l’hiver.
J’entends les trains rouler jour et nuit sur les tracks juste à côté
et le ciel est bleu et grand et magnifique.
Déjà quatre ans que je suis ici, loin de ma Baie Sainte-Marie,
mais je suis bien et à ma place.
J’ai pas beaucoup d’argent, mais so what, j’ai tout ce qu’il me faut.
J’ai surtout plein d’amis…
André et Michael et Robert et Daniel et Ti-Coq et Cid et Dave et tellement d’autres.
Et Suzie.

Suzie est arrivée au TNO comme une boule de feu.
Intelligente. Intense. Passionnée.
Comme André.
Et une fois ensemble,
ces deux-là se sont jamais lâchés.

1975. Ottawa. Fin octobre.
Sur une scène dans une salle qui est maintenant La Nouvelle Scène.
C’est le tout premier spectacle CANO Musique.
Soudainement, entre deux tunes, comme un coup de théâtre
un policier entre dans la salle pour faire une annonce.
Il y a un téléphone d’urgence pour… ???
Personne ne comprend pour qui, exactement.
Pas longtemps après, André, dépourvu par sa tristesse,
m’avoue avoir eu le sentiment que cet appel de téléphone était bel et bien pour lui.
Il avait raison.

1975. Sudbury. Mi-décembre.
C’est le premier show CANO chez nous.
La Slague est pleine à craquer.
Il y a de la magie dans l’air et tous les amis sont là…
sauf une.
Et André lui chante cette chanson.
Maro Eo Ma Mestrez (La Mort de Ma Bien-Aimée).
Et avec lui,
la salle pleure
notre chère Suzie. »

— Marcel Aymar, concepteur sonore

Marc Cholette, Thérèse Paquette, Monique Poirier et Fernand Rainville

1976 : « Ici et maintenant »

« Nous avons créés deux spectacles en 1976 dans le cadre d’un travail d’été au Théâtre du Nouvel Ontario: Du coq à l’âne et Ici et maintenant.

Nous étions huit adolescents, amoureux et passionné de théâtre de la région de Sudbury, qui avons eu le privilège de faire partie de cette troupe jeunesse animé par Robert Marinier et Nicole Beauchamp.

Un travail d’été de rêve qui nous a permis de vivre en français une expérience de vie et de création inoubliable. Il y avait de la formation le matin avec des cours de mouvements, de voix, de jeu et d’improvisation et en après-midi un travail de répétition se poursuivait en mode création collective. Nous avons présentés ces deux spectacles à la Slague et dans les parcs de la région. »

— Fernand Rainville, membre de l’équipe de création

Nicole Beauchamp, Pier Paquette, Robert Marinier et Paulette Légère (Crédit : Jean-Marie Comeau)

1976-1977 : « Ti-Jean de mon pays »

« Quelle aventure!

Imaginez l’immense privilège que j’ai vécu à 20 ans d’avoir été comédien en résidence au TNO pendant la saison 1976/1977. Un salaire hebdomadaire…euh wow!

La saison débute avec La ménagerie de verre de Tennessee Williams (mise en scène Eugène Gallant) suivie d’une délicieuse production de la pièce Le bourgeois gentilhomme de Molière (mise en scène François Legault), pièce qui réunissait professionnels et amateurs sur scène, et pour terminer la saison en beauté la création de l’immense succès Ti-Jean de mon pays, pièce écrite par Nicole Beauchamp. Cette œuvre parsemée de chansons est inspirée des contes folkloriques du Père Germain Lemieux dans une mise en scène de Hélène Gravel. Quarante quatre ans plus tard j’entends encore les enfants et les adultes se tordre de rire…des cascades de rires!! Nous, Robert Marinier, Paulette Légère, Nicole Beauchamp et moi avons fait le bonheur des spectateurs d’un bout à l’autre du Canada. Lors de cette tournée j’ai passé mes auditions pour entrer à l’École Nationale de Théâtre du Canada et j’ai été accepté! J’exerce mon métier à ce jour. Que de beaux souvenirs. Merci, je suis très reconnaissant.

VIVE TI-JEAN, VIVE LE TNO!!! »

— Pier Paquette, comédien

Robert Marnier et Katherine Kilfoil (Crédit : Archives du TNO)

1977-1978 : « Scènes d'amour »

« Cette photo me rappelle que mon premier contrat professionnel au théâtre, c’est au Théâtre du Nouvel Ontario que je l’ai vécu. Et cela, grâce à Robert Marinier.

On s’est connu à l’École Nationale de Théâtre à Montréal en 1973. J’arrivais du Nouveau-Brunswick, lui de Subdury, Ontario, contrairement à nos confrères et consœurs de classe qui étaient tous québécois. Nous étions des « outsiders » si on peut dire. J’ai vite ressenti une sorte de complicité tacite. Nous avions un bagage culturel qui se ressemblait.

À la fin de notre formation, lorsque Robert m’a parlé de la possibilité de travailler au TNO j’ai sauté sur l’occasion. Je trouvais réjouissant de pouvoir travailler au théâtre pendant plusieurs mois à l’extérieur de Montréal.

J’ai atterri à Sudbury et y ai découvert son étrange paysage lunaire à l’époque. J’ai connu la Slague dont le nom évoquait les résidus de l’exploitation minière, m’a-t-on dit. J’y ai fait la rencontre d’une dame remarquable : l’enseignante Hélène Gravel .

J’ai goûté au froid mordant du Nord, admiré son ciel magnifique et été témoin d’une grande effervescence culturelle. C’est là que j’ai entendu parler pour la première fois des éditions Prise de Parole, de Robert Dickson, d’André Paiement, de Cano en plus de découvrir les œuvres d’artistes visuels.

Cette effervescence persiste encore aujourd’hui et je dis ‘Chapeau !’ »

— Katherine Kilfoil, comédienne

Carole Aveline, Roch Castonguay, Marc Cholette et Sylvie Ferlatte (Crédit : Archives du TNO)

1978-1979 : « Et si le p'tit chaperon rouge n'avait pas rencontré le loup »

« Dès sa création, le TNO présente du théâtre pour enfants. On y voit le moyen de joindre un nouvel auditoire tout en créant des occasions de travail pour les artistes d’ici. C’est également l’occasion de mettre à contribution les comédiennes et comédiens maison généralement embauchés à salaire pour une année. Plusieurs des spectacles jeunesse, dont Ti-Jean fin voleur, s’inspirent des contes du folklore franco-ontarien. À la fin des années 1970, deux textes inédits sont offerts en tournée dans le Nord de l’Ontario, mais aussi en Acadie et au Manitoba. Et si le p’tit chaperon rouge n’avait pas rencontré le loup, texte et mise en scène d’André Roy, est présenté 75 fois. Quant à « Bonjour le monde », une création de Mariette Théberge, sa tournée comptera 50 arrêts. À ce jour, les tournées de ces deux spectacles sont parmi les plus importantes du TNO, bien que s’étant déroulées à une époque où aucun réel circuit de diffusion n’existait encore. »

— Alain Poirier, membre de l’équipe

Années 1980

Jacques Thériault, Christine Paquette, André Roy et Robert Marinier (Crédit : Archives du TNO)

1980-1981 : « La tante »

« Debout, de gauche à droite, Jacques Thériault, Christine Paquette et André Roy, les trois excellents interprètes de ma deuxième pièce La tante, présentée au TNO en décembre 1980. En bas, celui qui porte la moustache, c’est moi, Robert Marinier. Cette photo me rappelle beaucoup de souvenirs, des bons et des moins bons. C’est un plaisir de me baigner à nouveau dans ce qui me revient de la pro-duction: l’engagement des comédiens, la façon qu’ils avaient campé leurs per-sonnages, notre plaisir en répétition. Mais ça me rappelle aussi les difficultés au TNO à l’époque : le fait qu’on nous avait obligés d’aller chercher des directions artistiques et administratives plus crédibles, donc de la métropole – la connexion au milieu et une compréhension de la culture locale, on oublie ça. Cette initia-tive des bailleurs de fonds avait fait en sorte que le TNO allait devoir exister toute la saison suivante dans l’ordinateur d’Yvan Rancourt en attendant l’arrivée salutaire de Brigitte Haentjens. Mais de tous les souvenirs que cette photo peut susciter, je n’arrive pas à me rappeler une chose : pourquoi je pensais que c’était une bonne idée de porter cette affreuse moustache. »

— Robert Marinier, auteur et metteur en scène

Crédit : Archives du TNO

1982-1983 : « L'opéra du gros cinq cennes »

« C’est grâce à Sylvie Lavoie, une copine de classe et de théâtre au secondaire qui participait aussi à la pièce que je me suis jointe à la troupe pour la pièce L’opéra du gros cinq cennes. Un tout petit rôle mais un bon souvenir quand même. J’ai pu côtoyer plusieurs personnes qui ont été actifs et qui continuent de l’être dans le monde des arts.

Plus tard, en 2017 et par pur hasard, j’ai été invitée au gala du Prix du Gouverneur général. C’est l’année que Brigitte Haentjens recevait son prix. J’avais apporté le livret de la pièce que j’avais toujours et elle a eu la gentillesse de me le dédicacer. »

— Julie Noël de Tilly, comédienne

Bonnie Bliss, Donna Moshemko, Arja Lane, Laurie McGauley, Haija Mara, Lyne-Marie Tremblay, Paulette Gagnon, Shelley Williams et Kim Cholette (Crédit : Henriette Dauphinais)

1983 : Sticks and Stones

« In the early 80s, Paulette Gagnon was responsible for coordinating cultural animation projects for the TNO. She gathered together a group of young feminists and activists who wanted to change the world and she offered us the possibilities of using theatre as a tool for social change. Under her inspired leadership, we became Sticks and Stones Feminist Theatre and Popular Education Troupe. Our first production was a theatre-forum on the issue of domestic violence against women called Battered Wives that travelled and toured in Northern Ontario and Manitoba. We performed in bingo halls, community centres, high school auditoriums, conference rooms, street corners, bus stops, wherever we could find an audience. Our focus was popular theatre, exploring and experimenting with Boal theatre techniques, street theatre, satire and clown to tell the stories and raise issues of social injustice, particularly as they affected women and LGBTQ. As well as performing, Sticks and Stones offered popular theatre workshops that engaged people in creating their own theatre based on their own stories. The troupe’s work laid the foundations for real social change in our community as well as for many of the ways that art and theatre are now integrated into activism. (None of this would have been possible without the TNO and Paulette) »

— Laurie McGauley, membre du collectif

Danielle Saint-Aubin, Stéphane Lestage et Kim Cholette (Crédit : Jules Villemarie)

1983-1984 : « Au pays de Ti-Jean »

« C’est bon d’vous dire…C’était 1983, le début d’une période qui a vu un renouvellement de l’intérêt dans le folklore franco-ontarien, et surtout Ti-Jean, grâce beaucoup au Père Lemieux et sa collection “Les vieux m’ont conté”. Je venais d’une famille de conteur (voir mon grand-oncle Maurice Prud’homme, Les vieux m’ont contés, tômes 7 à 11) et c’est un sujet qui m’intéressait beaucoup. À l’université ma concentration était musique, mais ma continuation était le folklore avec Jean-Pierre Pichette.

Au pays de Ti-Jean était un des premiers de plusieurs projets axés sur Ti-jean qui ont été produits dans ces temps là, entre autres, C’est bon d’vous dire (TNO) et les seriés radiophonique Histoire de Conter I et II , avec le pépére Cam (SRC), qui ont aussi sorties en version cassette.

À ce moment là, je tournais avec le spectacle pour enfants Pierre et le Papillon, et Pierre (Germain), qui avait déjà travaillé avec le TNO dans ses tout débuts, m’a recommandé comme compositeur pour Au pays de Ti-Jean. C’était ma première collaboration avec le TNO. Tout se passait au Canada Bread, 90, rue King. Les comédiens? Kim Cholette, Dominic Lavallée, Stéphane Lestage, Danielle St-Aubin, et nul autre que Brigitte Haentjens, qui je crois assumait la direction artistique au TNO dans le temps. La création de la musique a été partagé par Pierre et moi.

Mes trois cues ont étés enrégistrés dans un p’tit studio 8 pistes, qui était dans le building qui faisait face au Rainbow Mall sur la Elm. J’étais un gros fan de Claude Bolling et ses marriage de jazz et de musique baroque, alors je me suis servi du même principe, mais jazz/musique folklorique pour une couple des cues. Pour les performances, tout était sur 1/2 inch tape (comme était pas mal standard dans le temps). On se servait de “leader” transparent entre les
cues pour que la machine arrête automatiquement quand le cue était fini.
Les scores et les partitions étaient toutes écrits à la main. Instrumentation: mandoline, flûte, guitares classiques, violoncelle, violon, xylophone jouet, contrebasse, clarinette, batteries et percs.

La pièce a joué à Sudbury novembre 1983, et mars, octobre, novembre 1985, et partout en Ontario pour un total de 100 représentations. En plus, la pièce a été présenté et tournée par le Théâtre Populaire d’Acadie en 1987. C’était une expérience incroyable, et très formative pour moi. »

— Daniel Bédard, concepteur sonore

Robert Paquette, Lionel Villeneuve, Roger Blay, Marthe Turgeon, Roy Dupuis et Hélène Paulin (Crédit : Jean-Guy Thibodeau)

1987-1988 : « Le chien » (Première version)

« Souvenir, souvenirs …

Robert, Roger, Lionel, Marthe, Roy, Hélène … dans … « musicien et acteurs de la création posant sur pente en plywood »

En regardant cette photo, me reviennent en tête et en cœur, quelques impressions … — Quelle histoire ! Quelles paroles ! Quels personnages ! Quels acteurs ! Quelles images ! Quel show ! — et un mot … Intense !!

Avoir eu l’honneur de « promener » Le chien, de l’Ontario au Québec à la France, fut source de fierté et de bonheur … aussi intenses !

Bravo et merci Jean Marc, Brigitte, TNO, gang. »

— Diane Fortin, assistance à la mise en scène et régie

Jean Marc Dalpé et Marcel Aymar (Crédit : Henriette Dauphinais)

1988-1989 : « Cris et blues »

« DANS MA SOUVENANCE
Dès la première journée des répétitions, la fête a pris
Comme on le dit d’un feu
Avec flammes, étincelles, fou rires, émotions.

Nous – encore jeunes, minces, pas pire beaux avouez – en cercle autour des micros
Brigitte en face
Un show de gars? O que oui
Et quand Ti-Coq nous rejoint pour les éclairages et la tournée
De ti-gars même par bout’e (ok ok… souvent)

Brigitte rit fort. C’est bon signe.
On l’entend rire sur l’enregistrement à la Coulson
Ok ok… mon’onc’ invente… mais c’est son métier
Entéka plein de monde ont ri ce jour-là
Là où mènent tous les chemins
On les entend
Ça crépite

Et soutenant la fête
Sa raison d’être
La poésie du nord
L’âme du nord

IMMENSE »

— Jean Marc Dalpé, auteur et comédien

Années 1990

Nicole Poulin, Sylvie Lessard, Thérèse Boutin, Paulette Gagnon, Alain Harvey, Brigitte Haentjens, Annette Dubois, Yves Gérard Benoît, Gérald Beaulieu et Sylvie Dufour (Crédit : Paul de la Riva)

1990 : L'équipe

« C’est au printemps 1990. En face de l’édifice du Canada Bread, le 90 King.

Maison du TNO pendant près de 15 ans. Là où j’ai d’abord appris, puis adhéré au rêve de bâtir notre propre salle de spectacle.

Cette année-là on préparait les célébrations du 20e du TNO et la publication du livre relatant cette histoire.

Cette année-là Brigitte Haentjens passait le flambeau à Sylvie Dufour.

Je me rappelle l’effervescence des saisons artistiques, la passion et la détermination de l’équipe qui investissait sans compter temps et énergie pour réaliser sa vision commune, celle d’avoir un lieu d’accueil bien à soi.

Feu Yves-Gérard, Nicole, Gérald, feue Paulette (maudit que je m’ennuie!), Alain, moi (enceinte de 8 mois), Sylvie, Annette, Brigitte et Thérèse…

Quel privilège j’ai eu de travailler avec vous! Nous formions une équipe du tonnerre, vous en conviendrez.

C’était le début de mon long parcours au sein des organismes artistiques de Sudbury. Cette famille culturelle a grandi et a continué de rêver. Bientôt c’est dans notre magnifique lieu rassembleur que nous pourrons célébrer comme il se doit, les 50 ans du Théâtre du Nouvel-Ontario! Y serez-vous? »

— Sylvie Lessard, administratrice polyvalente

Éloi Savoie, Danièle Aubut, Roch Castonguay et Lyette Goyette (Crédit : Marc Paulin)

1992-1993 : « Frenchtown »

« Premières armes. Premiers pas. Le fondement de ma démarche… Je commençais. J’étais ouvert, perméable. Beaucoup d’hésitations, puis un jour l’étincelle : lier cette histoire de famille au passé oublié de mon village natal, à l’actualité, à mes souvenirs, à mon rapport à la grammaire française; ainsi trouver une nouvelle manière de faire, faire éclater le temps, faire résonner les mots, les voix… Marcher dans le fond de la salle de répétition pendant que, autour d’une table, les comédiennes et les comédiens cherchaient la manière de se mettre dans la bouche mon texte en développement. Sentir le rythme des phrases, la tension, la sonorité. Être nourri par ça. Révélation. »

— Michel Ouellette, auteur

« J’en étais à mes tout débuts comme directrice artistique lorsque j’ai invité Michel Ouellette à titre d’auteur en résidence au Théâtre du Nouvel-Ontario.
Il est arrivé avec plusieurs textes, plusieurs idées. Je me souviens d’avoir été étonnée, tellement il avait besoin de dire, de se raconter. Son écriture mettait en lumière les gens du nord. J’ai glissé avec aisance dans son imaginaire à la rencontre de ces personnages issus des mines, des moulins à bois, des forges.

Au milieu du parcours une lueur nous a guidé sur la route de Fench Town.
J’y ai découvert des êtres écorchés, aimants, engagés, porteurs d’une grande fierté. French Town s’est avéré être un diamant, un minerai ultime, que Michel à offert au Théâtre du Nouvel Ontario.

Un cadeau comme il en arrive rarement. »

— Sylvie Dufour, directrice artistique

Marc Thibodeau, André Richard, Roger Wylde, Annick Léger et Sylvie Dufour (Crédit : Rachelle Bergeron)

1994-1995 : « Le bateleur »

« Ah, Le Batleur… L’époque du vieux TNO sur la rue King, avec sa table de pool, et notre chère Paulette. Ça évoque pour moi le début d’une longue et riche aventure avec Michel Ouellette, de belles rencontres avec des gens que je connaissais, et d’autres que je découvrais. Je revois le grand bar de Jean Barbe, tout en rouge… Il me revient à l’esprit des fou-rires, une gomme imaginaire, des trous de mémoire, The little Budda, des soirées bien arrosées… Le soin que je prenais à enfiler ma petite robe noire qui seyait bien ma silhouette d’antan et ma jeune vingtaine… Et cette robe me ramène soudainement sur les lèvres les nombreux baisers passionnés que mes deux personnages offraient ou volaient à l’un pis à l’autre – j’y ai Frencher l’équipe au grand complet! Tout le monde se brossait les dents et se gargarisait bien comme faut avant de fouler la scène. On craignait de se passer un rhume à l’époque! »

— Annick Léger, comédienne

Roch Castonguay, Michael Gauthier, Lyette Goyette, Annick Léger, Robert Marinier, Danielle St-Aubin, Lorian Bélanger, Claude Faucon et André Perrier (Crédit : Jules Villemarie)

1998-1999 : « Contes sudburois »

« La performance de Roch Castonguay reste dans ma mémoire. Lors de la première lecture de table, Roch m’a regardé droit dans les yeux en lâchant « As-tu du feu? » J’ai répondu spontanément. Je pense même que j’ai répondu une deuxième fois avant de réaliser qu’il était en train de livrer son texte (celui de Robert Dickson). Il était un vrai pro: quelqu’un qui avait pris le temps de faire des choix avant d’arriver à la salle de répétition, quelqu’un qui peut se permettre une liberté avec son jeu parce qu’il possède le texte et défend une façon de le rendre. À chaque représentation, Roch prenait le temps de rouler une cigarette devant la foule avant de commencer. Il intégrait les premières phrases en allumant la cigarette, en tirant là-dessus une couple de fois, en cherchant où mettre les cendres et son allumette, en laissant la fumée s’envoler. Des moments silencieux remplis de sens pour moi, même après toutes ces années. »

— Michael Gauthier, comédien

Années 2000

Jean-Marc Dalphond, Robert Gauvin, Luc LeBlanc, Guy Mignault et Sasha Dominique (Crédit : Nir Bareket)

2000-2001 : « Univers »

« En regardant cette photo, la première chose qui me vient en tête c’est les rencontres… (C’est beaucoup ça le théâtre, des rencontres!) Tout d’abord celle d’une autrice Dominick Parenteau-Lebeuf… c’est elle qui a écrit mon personnage le Professeur Tchérenkhov (qui entre deux comas éthyliques a découvert les Neutrinos qui sont étudiés dans le laboratoire SNOLAB dans la mine Creighton de Sudbury). Puis, la rencontre des deux gars du Nouveau-Brunswick Luc Leblanc et Robert Gauvin (leur auteur était Herménégilde Chiasson) et la rencontre de Jean-Marc Dalphond et de Sasha Dominique (leur auteur à eux était Robert Marinier) C’est formidable, à chaque fois qu’on se voit, on est très heureux de se retrouver. Co-production du TNO de Sudbury et de L’Escaouette de Moncton.

La première a eu lieu à Moncton au Centre Aberdeen et c’est là que j’ai eu le plus grand trou de mémoire de ma vie. Et pas un trou que les gens te disent ç’a pas paru… non, un TROU qui a duré pour moi une éternité et pour le public… aussi. Comme je suis là pour vous le raconter, ça veut dire qu’on ne meure pas de ça. Ce soir-là j’ai failli abandonner le métier mais aujourd’hui, je suis très heureux d’avoir continué. Et comme disait mon Tchérenkhov : Na zdarovié! (Santé!) Et longue vie, cher TNO! »

— Guy Mignault, comédien

L'équipe du spectacle (Crédit : Archives du TNO)

2002-2003 : « Alice au pays des merveilles »

« Alice au pays des Merveilles, c’était mon premier pas sur les planches du théâtre communautaire et quelle initiation! Quand je repense à ce projet, la metteure en scène que je suis devenue depuis a le cœur qui palpite – mais quelle mouche a piqué Hélène Dallaire de vouloir monter une production si exigeante? Avec sa trentaine de comédiens de tous âges, des effets spéciaux complexes, des chorégraphies, des musiciens sur scène et en plus des prothèses en latex à gérer pour métamorphoser les comédiens en animaux méconnaissables; décidément, il faut être animé d’un brin de folie pour vouloir mettre sur pied un projet d’une telle envergure.

Je me souviens qu’un après-midi, Stéphane Paquette (qui jouait le rôle de la chenille) avait réussi à convaincre Hélène de nous prêter sa nouvelle Mini Cooper rouge pour aller faire la run de cafés au Tim’s pour l’équipe. En roulant les vitres baissées sur Lasalle, on chantait un duo de Zachary Richard et Isabelle Boulay à tue-tête en on se sentait libres comme l’air. La musique était très présente dans les coulisses au fil des répétitions et a aidé à souder notre équipe de comédiens, qui chantait et dansait dans les coulisses avant les représentations pour se donner de l’énergie. Je me sens privilégiée d’avoir connu une dynamique de groupe aussi riche que celle-là. »

— Gabrielle Lalonde, comédienne

Jean Marc Dalpé (Crédit : Dan Lalande)

2007-2008 : « SLAGUE : L'histoire d'un mineur »

« Le premier souvenir qui me vient en tête, c’est le jour où j’ai entendu la voix de Jean Marc Dalpé sur mon répondeur. Il voulait que je le rappelle. Un texte de Mansel Robinson qu’il voulait traduire pour le TNO.

Ça m’a pris quelques heures pour rassembler mon courage.

J’ai lu la pièce et en suis tombée amoureuse. Je voulais en signer la mise en scène, question de me plonger dans cet univers minier et dans Sudbury, ma ville d’adoption depuis 2 ans.

J’ai dit oui pour la traduction. Jean Marc était content, puis m’a dit « En passant, je joue dedans. »

J’ai raccroché.
J’ai pris une grande respiration.
Je me suis dit « Ok Pineault, non seulement tu vas travailler sur le texte avec Jean Marc Dalpé, LE Jean Marc Dalpé… Tu vas aussi le mettre en scène… Dans un show solo… ».
Grosse respiration.
Grosse fucking respiration.

Et comme on dit, « It was the beginning of a beautiful friendship. »

Le TNO a nourri et défini l’artiste et la femme que je suis aujourd’hui. Je lui en serai éternellement reconnaissante.

J’ai « TNO-Sudbury » tatoué sur le cœur.

Longue vie et Joyeux 50e! »

— Geneviève Pineault, directrice artistique et metteure en scène

Années 2010

Crédit : Brian Côté

2011-2012 : « Tout est dans le timing »

« Dans un espace qui a tellement d’histoire et de réputation, avec une équipe avec beaucoup de cœur, mon père et moi nous avons participé dans un de nos moments de théâtre préféré. On en parle même aujourd’hui lorsqu’on faisait un numéro de comédie musicale dans lequel je finissais dans un costume de tranche de pain, grâce à l’imagination brillant et hors de ce monde de Miriam Cusson. Où lorsque mon père interprétait un homme qui se prenais pour Edgar Degas. Celui-là, on s’en parle souvent. Tout est dans le timing nous a permis de trouver ce qu’on aimait ensemble. Même après les répétitions, on pratiquait ensemble chez nous, parce qu’on aimait le temps de qualité que ça nous a accordé. Ça se voit dans la photo, on a le même visage à peu près. Pour moi, c’était l’encouragement de poursuivre cette inspiration. D’ailleurs, plusieurs parmi cette famille qui entourait le personnage de Philippe Glass, c’était un début de chapitre. Pour d’autre, un précieux souvenir, tout chaud et près à servir. »

— Éric Lapalme, comédien

« Cette photo évoque pour moi, non seulement la joie de faire du théâtre avec mon fils pour la pièce communautaire du TNO, mais les autres moments où j’ai été comédien dans les pièces communautaires. Je me souviens entre autres de jouer le ‘méchant clown’, juché sur des grosses cannes de tomates, avec mon père dans l’auditoire qui riait à pleine voix. Mais ce qui me marque le plus c’est que le TNO a rendu des pièces de Shakespeare, d’Agatha Christie, d’Ionesco, de Tremblay, accessibles au public par le biais des pièces communautaires. Le TNO a donner la chance à des comédiens amateur d’être soutenus et de jouer dans des pièces de théâtre importantes alors que plusieurs professionnels attendent toujours leurs chances. Bravo TNO, merci pour votre implication dans la communauté et pour le développement de notre conscience culturelle. »

— Denis Lapalme, comédien

David Boutin, Annick Léger, Milva Ménard et Bryan Morneau (Crédit : Marianne Duval)

2015-2016 : « Un vent se lève qui éparpille »

« J’ai eu la chance de diriger en 2012 un atelier de scénographie offert dans le cadre d’un stage en formation continu organisé conjointement par l’ATFC et l’École nationale de théâtre du Canada. C’est dans ce contexte enchanteur que j’ai rencontré Geneviève – et Marie-Pierre également – la metteure en scène et directrice du TNO à l’époque. Nous sommes rapidement devenu amis et cette amitié nous a mené à développer une complicité artistique qui s’est amorcée sur ce projet de spectacle. Étant invité à y collaborer à tant que scénographe, j’ai eu le privilège de découvrir une région que je ne connaissais pas, Sudbury, et avec laquelle je suis tombée en amour, autant avec le lieu que la communauté. J’ai récupéré le décor après la tournée et l’ai remonté dans la cour arrière de ma maison qui se situe à Saint-Lazare au Québec, la région même d’où provenaient les authentiques planches de grange utilisées dans la scénographie. Même si celle-ci représente un moment dramatique figé dans le temps et l’espace, elle incarne pour moi parfaitement ce va-et-vient fluide entre les esprits créateurs du milieu du théâtre, et ce à l’échelle canadienne, et les riches rencontres et collaborations qu’il provoque. »

— Gabriel Tsampalieros, scénographe

Et ce n’est rien qu’un début!

Des nouvelles photos et des nouveaux témoignages seront ajoutés à cette page dans les mois à suivre. Restez à l’affût!