Un mot de l'équipe

Ça fait que…

C’t’une fois… une idée folle. Un rêve.

Celui de créer un grand show pas possible. Qui se dessine la face en clin d’œil pour célébrer l’anniversaire d’un autre show. Créé y’a 50 ans. Ici. À Sudbury. Sur le stage d’un certain auditorium d’une certaine université. Par des étudiants qui avaient soifs de se voir et de s’entendre sur scène. Qui avaient envie que Molière reparte chez lui pour imaginer sur scène des personnages à leur image, qui croquent dans une langue qui est la leur.

Cinquante ans plus tard, Molière n’est peut-être pas rentré chez lui, mais on a appris à fraterniser avec le cousin français. Et le cousin a appris à transgresser les règles. Et on fait désormais du théâtre de création bien d’ici à Sudbury. Du théâtre qui parle de notre coin du monde. Mais qui parle d’ailleurs aussi. Du théâtre qui nous ressemble, mais qui nous confronte. Du théâtre qui fait de sa langue un terrain de jeu parfois glissant, parfois rugueux, mais toujours pertinent pour réfléchir le monde dans lequel on vit.

C’est sous les encouragements des créateurs de Moé j’viens du Nord ‘Stie que le TNO a approché le programme de théâtre de l’Université Laurentienne et ses étudiants, pour leur proposer de créer à leur tour un spectacle à leur image. Avec leur langue. Qui porte leurs aspirations. Leurs rêves. Leurs frustrations. Leurs regard sur le monde.

Tout ça, c’était… avant qu’une pandémie mondiale nous pète en pleine face. C’était avant qu’une certaine université, celle-là même qui a vu naître Moé j’viens du Nord ‘stie, menace de s’effondrer sous nos yeux.

On ne savait pas qu’on s’embarquait dans des mois de répétitions sur Zoom. Des kilomètres de chaînes de courriels. Des rubans de cassettes de réunions virtuelles. Des montagnes de fichiers Excels. Des piscines creusées d’angoisse. Des horaires et des scénarios à passer au blender à toutes les semaines. De la patience, de la résilience et de l’empathie à cultiver, sans possibilité de réelle proximité.

Incertitude.

Impuissance.

Inquiétude.

Des mots qui se nient eux-mêmes occupent l’esprit des créateurs. Mais malgré tout ça, ils continuent. Ils persistent. Ils insistent. Ils surmontent. Ils s’accrochent à leur bienveillance. Ils saisissent le bâton de parole qu’on leur tend. L’espace de réflexion sur l’expérience humaine qu’on leur propose. Ils crient leur indignation face à ce qui fait gronder et shaker et trembler la planète. Ils chantent leur envie de faire partie de la solution. Ils trouvent la lumière. Ou le trou noir dans lequel ils décident de plonger tête première. Pour nommer, contre vents et marrées, le monde tel qu’ils le perçoivent.

L’expérience virtuelle que vous allez vivre ce soir n’est définitivement pas celle que l’équipe artistique de ce projet avait imaginé il y a plus d’un an. Mais elle témoigne assurément de façon criante de la réalité immédiate d’une génération de jeunes créatrices et créateurs franco-sudburois qui traverse une période qui ne ressemble à aucune autre.

Quoi si, ce soir, malgré les écrans, la distance et les mauvaises connexions, les barrières que nous construisons autour de nous, pouvait s’effondrer, sous le poids de notre humanité commune ?

Bon visionnement.

— Toute l’équipe de Quoi si, moé ‘ssi j’viens du Nord ‘stie